Le soir, vous remarquez un changement subtil dans la voix de votre partenaire quand il évoque l’avenir. Les décisions deviennent un théâtre solitaire, et la moindre contradiction déclenche une tension disproportionnée. Le syndrome d’hubris, traduit par un excès d’orgueil et une surestimation de ses propres capacités, peut s’installer progressivement et fragiliser la relation. Comprendre les signes, différencier ce comportement d’autres problématiques (narcissisme, emprise) et savoir quelles mesures prendre est essentiel pour protéger sa sécurité émotionnelle et matérielle.
Qu’est-ce que l’hubris dans le contexte conjugal ?
L’hubris désigne une distorsion du rapport à la réalité : décisions irréalistes, déni des limites et intolérance à la contradiction. Dans le couple, il se manifeste par des prises de décision unilatérales, un mépris progressif pour l’avis de l’autre et parfois par des comportements impulsifs qui exposent la famille à des risques. Les causes peuvent être multiples : stress chronique, prise soudaine de pouvoir, réussite professionnelle, antécédents narcissiques ou difficultés psychiques non traitées.
Différencier hubris, narcissisme et emprise psychologique
Il est utile de distinguer ces notions pour adapter la réponse :
- Hubris : surestimation des capacités, décisions irréalistes, déni des limites.
- Narcissisme : besoin constant d’admiration, centration sur l’image de soi et fragilité sous-jacente.
- Emprise psychologique : manipulation, isolement et contrôle actif des perceptions de l’autre.
Ces catégories peuvent coexister. L’important est d’observer l’impact sur votre autonomie, votre sécurité et votre santé mentale.
Sept signes observables et actions immédiates
Voici une checklist pratique pour repérer l’hubris et réagir :
1. Intolérance à la contradiction
Exemple : une colère disproportionnée lorsque vous émettez un désaccord. Action : prendre du recul, éviter l’escalade verbale et consigner par écrit les faits et paroles tenus.
2. Décisions unilatérales
Exemple : modifications financières, déménagement ou décisions concernant les enfants sans discussion. Action : demander un délai de réflexion, consulter un tiers de confiance ou un conseiller juridique si nécessaire.
3. Dénigrement systématique
Exemple : remarques humiliantes répétées en privé ou en public. Action : poser une limite claire, expliquer l’effet sur vous, envisager un accompagnement thérapeutique ou un groupe de parole.
4. Perte du sens des réalités
Exemple : projets irréalistes refusant toute adaptation face aux preuves contraires. Action : solliciter une évaluation professionnelle pour estimer le risque et protéger les ressources familiales.
5. Contrôle excessif
Exemple : surveillance des messages, tentative d’isolement progressif. Action : sécuriser vos communications, informer un proche de confiance et, si nécessaire, contacter des services d’aide.
6. Manipulation émotionnelle
Exemple : chantage affectif, retournement de la faute. Action : noter les épisodes et envisager une aide extérieure pour clarifier la réalité et restaurer votre jugement.
7. Comportements impulsifs à conséquences
Exemple : décisions financières ou comportementales imprudentes mettant la famille en danger. Action : évaluer urgemment la sécurité matérielle et affective, envisager une séparation temporaire si le risque est élevé.
Plan d’action pratique et ressources
Votre sécurité est prioritaire. Voici des étapes concrètes :
- Documenter les incidents : date, heure, propos et témoins éventuels.
- Parler à une personne de confiance (ami, membre de la famille, collègue).
- Consulter un professionnel (psychologue, psychiatre) pour une évaluation individuelle et conjugale.
- Contacter des services d’aide : associations locales, permanences juridiques. En France, la ligne d’écoute 3919 offre soutien et orientation pour les violences.
- Si des enfants sont impliqués, chercher un avis juridique rapidement pour protéger leur intérêt.
- En cas de danger immédiat, appeler les services d’urgence.
Préserver sa santé mentale
Vivre auprès d’une personne en proie à l’hubris est épuisant. Des stratégies d’autosoins incluent la mise en place de routines protectrices (se garder des moments de pause, maintenir des liens sociaux réguliers, consulter un thérapeute) et la délimitation claire de vos propres limites. Le soutien psychologique vous aide à ne pas internaliser la faute et à reconstruire une représentation réaliste de la situation.
Quand demander une aide extérieure
Si les comportements se répètent, s’aggravent ou mettent en péril la sécurité (financière, physique ou psychologique), il est essentiel de demander une aide extérieure. Un avis clinique permettra d’orienter vers des prises en charge adaptées : thérapie individuelle, thérapie de couple ou mesures juridiques. Rappelez-vous : reconnaître un problème n’est pas stigmatiser la personne, c’est protéger votre santé et celle de vos proches.
Le chemin peut être long, mais vous n’êtes pas obligé(e) de l’affronter seul(e). Documenter, s’entourer, demander une évaluation professionnelle et, si besoin, prendre des distances sont des étapes concrètes pour retrouver sécurité et clarté.





