Perte d’appétit
- Mécanismes biologiques : la perturbation de la dopamine, de la sérotonine et de l’axe HPA réduit le plaisir alimentaire et l’appétit.
- Évaluation médicale : il faut rechercher causes organiques, médicaments et carences via interrogatoire et bilans simples.
- Signes d’alerte : consulter en urgence en cas de perte de poids rapide, incapacité à s’alimenter, déshydratation ou idées suicidaires, et contacter les urgences si besoin.
La perte d’appétit est un symptôme fréquent de la dépression, mais elle peut aussi résulter de causes médicales ou médicamenteuses. Comprendre les mécanismes biologiques qui relient humeur et appétit aide à mieux orienter l’évaluation et la prise en charge. Cet article explique ces mécanismes en termes clairs, donne les signes d’alerte à ne pas ignorer et propose des conseils pratiques pour agir rapidement.
Pourquoi la dépression diminue parfois l’appétit ?
Plusieurs systèmes biologiques participent à la régulation de la faim et du plaisir alimentaire. La dopamine, impliquée dans le circuit de récompense, attribue une valeur hédonique aux aliments : lorsque ce système est perturbé, les repas ne procurent plus de plaisir (anhédonie). La sérotonine influence l’humeur et la satiété ; ses déséquilibres peuvent modifier la sensibilité aux signaux alimentaires. Enfin, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et les cytokines pro-inflammatoires (IL-1, IL-6, TNF-alpha) peuvent réduire l’appétit en présence d’un stress chronique ou d’une inflammation.
Ces altérations se développent souvent progressivement sur des semaines à des mois, expliquant pourquoi une personne déprimée peut petit à petit perdre tout intérêt pour la nourriture, même pour ses plats préférés. Les médicaments psychotropes, certains analgésiques, et d’autres classes thérapeutiques peuvent aussi réduire ou augmenter l’appétit en quelques jours à semaines.
Diagnostic différentiel : ce qu’il faut rechercher
Il est important d’écarter une cause organique lorsque la perte d’appétit est notable ou prolongée. Le médecin recherchera :
- Signes d’infection ou d’inflammation (fièvre, douleur) ;
- Troubles endocriniens (hypothyroïdie, hyperthyroïdie, diabète) ;
- Carences nutritionnelles (fer, vitamine B12, vitamine D) ;
- Effets indésirables de médicaments (antibiotiques, chimiothérapie, opioïdes, certains antidépresseurs) ;
- Pathologies digestives (ulcère, reflux, maladie inflammatoire, cancers digestifs) ;
- Problèmes dentaires ou difficultés à mâcher/avaler.
Des examens de base sont souvent demandés : numération formule sanguine, bilan hépatique, bilan rénal, bilan thyroïdien, dosage de la CRP et éventuellement bilan nutritionnel. L’interrogatoire portant sur la chronologie des symptômes, les médicaments, les variations de poids et les symptômes associés est essentiel.
Signes d’alerte et quand consulter en urgence
Il faut consulter rapidement si vous observez :
- Perte de poids rapide et importante (par exemple >5% du poids en un mois ou >10% en six mois) ;
- Incapacité à s’alimenter ou à s’hydrater, vomissements persistants ;
- Signes de déshydratation, faiblesse importante, confusion ;
- Apparition d’idées suicidaires, désespoir profond, ou perte de la capacité à assurer sa sécurité ;
- Fièvre persistante, douleur inexpliquée, ou saignement digestif.
En cas d’idées suicidaires ou d’incapacité à se nourrir/boire, contactez immédiatement les services d’urgence ou une ligne d’aide locale. Pour une perte d’appétit progressive sans urgence, prenez un rendez-vous médical pour une évaluation complète.
Prise en charge et conseils pratiques
La prise en charge dépend de la cause identifiée. Si la dépression est la cause principale, traiter l’épisode dépressif (psychothérapie, médicaments si nécessaire, soutien) améliore souvent l’appétit. Quelques mesures pratiques à mettre en place dès maintenant :
- Tenir un journal alimentaire et de poids pour repérer l’évolution ;
- Fractionner les repas en petites portions régulières si les grandes assiettes rebutent ;
- Privilégier des aliments faciles à avaler et nutritifs (smoothies, soupes riches, purées) ;
- Favoriser la présence d’un proche pendant les repas ou des repas partagés pour stimuler l’appétit ;
- Vérifier la liste de médicaments avec le médecin pour identifier un effet indésirable possible ;
- Supplémenter après bilan si une carence est détectée (fer, B12, vitamine D) sous prescription médicale.
Le soutien psychologique (thérapies cognitivo-comportementales, thérapies interpersonnelles) et les interventions sociales (aide à domicile, groupes de soutien) sont souvent utiles. En cas de dépression modérée à sévère, un traitement médicamenteux associé à un suivi psychiatrique peut être nécessaire.
La perte d’appétit en lien avec la dépression est fréquente et repose sur des mécanismes biologiques bien connus. Elle nécessite une évaluation attentive pour exclure une cause organique et pour proposer une prise en charge adaptée. Rassembler informations sur les médicaments, la chronologie des symptômes et les variations de poids facilite la consultation. En présence de signes d’alerte ou d’une incapacité à s’alimenter, consultez sans délai.





